Passe d’armes Ibk-Tiebilé-Gouvernement ! Où va le Mali ?

Honteux ! Pathétique ! Dramatique ! Les qualificatifs, plus lamentables les uns que les autres, fusent en ce moment pour étiqueter la comédie à laquelle se livrent le président Ibrahim Boubacar Kéïta et son gouvernement avec le président du Parena, Tiébilé Dramé. Depuis dimanche, la République s’est transformée en un champ de clashes dignes de clans rivaux de rappeurs.

Tout est parti d’une déclaration (déplorable) d’IBK (à son retour de France, dimanche) accusant, sur fond d’intimidation, Dramé. Promptement, le lendemain, celui-ci rectifie le tir, rétablit la vérité, mais avec la manière forte, se disant implicitement prêt à mourir, ayant subi pire que de simples menaces. Dans les heures qui suivent, soit mardi soir, le gouvernement rallume la flamme, dorlote IBK, magnifie ses actions, réitère la menace présidentielle et promet, à son tour, de sévir dorénavant contre tous les « esprits mal intentionnés ». Ce folklore au sommet de l’Etat et de la haute sphère de la politique se tient au moment où les priorités du pays et les attentes des populations se situent ailleurs. Dommage !

« Je suis le commandant de bord et je tiens fermement la barre. Il faut dire  à ce petit monsieur, qu’il est temps d’arrêter ». Le président de la République se serait ainsi confié à la presse dimanche, à son retour de la visite d’Etat effectuée en France du 20 au 24 octobre derniers. Ibrahim Boubacar Kéïta faisait allusion, d’une manière générale, au comportement, qu’il jugeait déplorable, en prélude de sa visite, de certains leaders de l’opposition, tout en nommant Tiébilé Dramé. Le chef de l’Etat accuse le président du Parena d’avoir conçu, fait circuler et publié des tracts, dans le but de saboter sa visite. IBK met alors en garde « ce petit monsieur », qu’il intime « d’arrêter ». Sinon ?

 

Cinglant désaveu !

Cette sortie d’IBK, digne d’un élu national ou local, a été mal appréciée par l’opinion nationale. Pour moult observateurs et pour tous tout court, le président devrait se mettre au-dessus de la mêlée. Il ne devrait jamais créer et s’engluer dans les rivalités de clocher.

Même des responsables et militants de partis politiques de la majorité présidentielle se disent déçus de cette déclaration de leur mentor.

Mais pour IBK, le plus grand désaveu viendra de deux fronts : la réponse de Tiébilé Dramé et la lettre ouverte des signataires des tracts incriminés. Toutes, sont implacables et démontrent à quel point le chef de l’Etat est mal conseillé.

Après avoir pris connaissance des accusations du chef de l’Etat, le président du Parena, visiblement profondément affecté et choqué, riposte sans coup férir.

Dans une réaction qui semble avoir mis plus d’un Malien à l’aise, Tiébilé Dramé dicte tout d’abord les préceptes de l’Islam à IBK.

Ensuite, Dramé oppose le démenti le plus catégorique aux déclarations faites par le président de la République. Et cette démonstration qui plonge IBK : « Je suis… arrivé à Paris, le lundi 19 octobre pour des raisons strictement privées. De mon arrivée au retour du président au Mali,  je n’ai pris contact avec aucune autorité française (vous pouvez vérifier, M. le président), avec aucun homme politique français, de gauche comme de droite, avec aucun journaliste africain ou français, avec aucun homme politique malien (pas même les dirigeants du PARENA à Paris). Je n’ai participé à aucune réunion, à aucune concertation. Je n’ai, par conséquent,  évoqué l’Accord d’Alger avec qui que ce soit, ni participé à la conception ou à la diffusion d’un quelconque tract… La vérité (Allah est témoin) est que je n’ai rien fait de tout ce que le président de la République a malencontreusement affirmé à Bamako-Sénou».

A l’instar de beaucoup de Maliens, Tiébilé se dit désolé et triste de constater que le président  d’un pays aussi respecté que le Mali ait pu faire des déclarations aussi légères sans se donner la peine de vérifier ses informations alors qu’il a tous les moyens de  le faire.

L’ancien ministre rappelle au président que la démocratie malienne est antérieure à son accession au pouvoir, et qu’ayant subi, comme beaucoup d’autres maliens, les atrocités de la dictature, les menaces d’IBK, ses invectives et ses doigts agités ne l’impressionnent guère.

Pour Tiébilé Dramé, les raisons de la colère du grand IBK, tout au long de sa visite en France, sont à chercher dans sa gouvernance patrimoniale, sa confusion entre l’État et sa famille, entre l’État et sa propriété privée.

En conclusion à toutes les accusations portées sur lui, Dramé met IBK face à face avec Dieu.

Justement, dans ce duel de titans, Dieu semble avoir pris partie pour Tiébilé Dramé. Car, dès le lendemain de sa réaction, des voix plus autorisées que celle de l’accusé décident de rétablir volontairement la vérité autour des conditions de rédaction et de diffusion des tracts à Paris le 24 octobre 2015, lors de la rencontre du chef de l’Etat avec les Maliens de France à l’Hôtel Westin. Implacable !

« Suite à vos propos tenus, d’abord devant la communauté malienne de France, ensuite et surtout ceux visant à rendre Tiébilé Dramé initiateur d’une action dont nous ne serions accepter que la paternité soit détournée.

Cette mise au point vise à clarifier les évènements autour de l’action commune de nos organisations qui en sont les auteurs sans aucun amalgame.

Nous revendiquons la diffusion de ce texte que nous avons signé, suite à des concertations au foyer Masséna situé à Paris 13ème. Les problèmes évoqués dans le document concernent nos préoccupations sur la gouvernance actuelle et l’avenir du Mali. Ces problèmes sont ceux de tous les maliens qui observent avec inquiétude la gestion de l’accord de paix, avec ses insuffisances dont la scandaleuse situation à Kidal où notre Ministre de l’Education n’a pu s’y rendre pour la rentrée. La mobilisation des maliens de France sur ces questions n’est pas nouvelle ; car l’Ambassadeur du Mali en France vous a transmis notre lettre de protestation sur ce sujet remise lors de la manifestation du 15 août 2015 à Paris…Monsieur le Président,…nos organisations s’assument pleinement sur la publication de ce tract. Le tract reste encore une forme de sensibilisation quasiment courante en France… ».

Cette lettre ouverte adressée au chef de l’Etat est signée des représentants du Collectif des Maliens de France pour la paix (Cmf), Madame Ramata Coulibaly, de la Section de France de l’Union pour la République (Urd), Djibril Koïta et de la Section de France du Parti pour la Renaissance nationale (Parena), Mahamadou Cissé. C’est un désaveu sans appel pour NOTRE PRESIDENT.

 

Le communiqué qui enfonce…

Comme au Mali, « le ridicule ne tue pas », le gouvernement entre dans la danse et exhibe des pas du mauvais pied, sous la forme du communiqué le plus contesté de l’histoire démocratique du Mali. Tous les Maliens sont restés cois devant leurs petits écrans après la lecture de ce communiqué dans le journal télévisé du soir du mardi 27 octobre.

Au lieu de réparer de manière subtile la gaffe présidentielle, le gouvernement tombe, à son tour, plus bas, beaucoup plus bas, avec des mensonges d’Etat, de la contre-vérité et des menaces. Morceaux choisis :

«Des esprits mal intentionnés tentent par les temps qui courent de saboter les succès palpables et vérifiables des actions du gouvernement sous la conduite du président Ibrahim Boubacar Keita. Ils sont allés jusqu’à proférer des propos malveillants à l’adresse du président de la république… »

« Ceux qui s’aventurent sur ce terrain juste pour nier les faits sont de mauvaise foi. Et cela est connu. Or, comme le disent les hommes de droit, les faits sont  têtus…La visite d’Etat du président de la République en France  du 20 au 24 octobre 2015 a été un franc succès… »

« Cette visite d’Etat et la Conférence d’appel de fonds en faveur du Mali…vont permettre au Mali de donner un coup d’accélérateur à son développement, à sa reconstruction et à la consolidation des acquis de l’Accord  pour la Paix  et la Réconciliation au Mali issu du Processus d’Alger… ».

« Le gouvernement prend le peuple à témoin et se réserve le droit de tirer toutes les conséquences des agissements qui corrodent la démocratie, la liberté d’expression à laquelle il demeure profondément attaché et ramènent le débat démocratique à un niveau inacceptable qui ne reflète pas la maturité de la classe politique malienne… ».

A cause de ce communiqué, le gouvernement malien est devenu aujourd’hui la risée du monde entier. Avec pour revers de la médaille, d’humilier encore plus le président de la République et de donner du poids, de la crédibilité et de la popularité à Tiébilé Dramé, qui devient un martyr.

C’est réellement pathétique qu’une telle passe d’armes ait lieu au moment où les priorités du pays sont liées à sa relance économique, à sa situation sécuritaire, au développement des infrastructures socioéducatives et sanitaires.

Au plan microéconomique, les populations aspirent à l’amélioration de leur quotidien et non à des comportements prohibés de leurs dirigeants.

Sékou Tamboura

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